Obsèques de l'animal de compagnie.

Ain : Recueillement, service d’incinération, livre d’or… Les obsèques pour animaux de compagnie séduisent de plus en plus

REPORTAGE Les demandes de crémation individuelle pour les animaux de compagnie augmentent en moyenne de 5 % chaque année en France

  • Depuis quelques années, les animaux de compagnie ont droit à leurs propres obsèques. Un service qui séduit de plus en plus de Français. Le groupe Esthima prend en charge environ 700.000 animaux décédés par an.

«20 Minutes» s’est rendu au crématorium de Château-Gaillard dans l’Ain, où les propriétaires d’animaux peuvent organiser des cérémonies d’adieu pour leurs petits compagnons

Couché dans un douillet panier, Aïto paraît dormir paisiblement. A ses côtés, une petite bougie rouge en forme de cœur illumine la pièce d’une ambiance propice au recueillement. Une odeur florale s’échappe de la pièce. Le crématorium de Château-Gaillard, dans l’Ain géré par le groupe Esthima est l’un des 14 en France à proposer des obsèques pour animaux de compagnie.

Estelle et sa fille Mélissa s’y sont rendues pour rendre un dernier hommage à leur fidèle compagnon, un Jack Russell décédé à l’âge de 15 ans. Installées dans l’une des salles de deuil de l’établissement, elles assistent désormais à la crémation de leur petit chien sur un écran télévisé. Elles ont pris le temps, au préalable, de bichonner l’animal une ultime fois. « Même si je sais qu’il a été très bien préparé, je l’ai lavé avec une lingette de bébé pour qu’il garde son odeur. Il adorait quand on faisait cela à la maison », témoigne Estelle. Emue, Mélissa précise avoir attaché autour du cou de son chien, le collier de son doudou.

« Ici, on savait qu’il serait bien. Il le méritait »

Aïto occupait une part importante dans le foyer et le cœur de ses maîtresses. « C’était une crème, un amour. Il était toujours à nos côtés, toujours là pour nous soutenir dans les coups durs », évoque Estelle. « Au départ, on ne pensait pas faire de cérémonie. On désirait seulement le ramener à la maison. Mais on avait le sentiment de ne pas lui avoir dit au revoir comme il se devait », enchaîne sa fille.

La clinique, dans laquelle Aïto est décédé, leur parle alors des pompes funèbres de Château-Gaillard. Mère et fille n’hésitent pas une seconde. « Le savoir tout seul dans une chambre froide, c’était insoutenable. Ici, on savait qu’il serait bien. Il le méritait », indique l’adolescente de 13 ans ayant le « sentiment qu’elles ne sont pas trompées » en poussant les portes de l’établissement. L’écoute qu’elles ont pu avoir, les mots rassurants prononcés et les explications détaillées fournies par le personnel de l’établissement les ont touchées.

« On nous dit quasiment quotidiennement que le service est mieux que celui proposé lors d’obsèques d’être humains », sourit Séverine Guillet, hôtesse funéraire sans porter pour autant de jugement. Ici, l’empathie est le mot d’ordre. « On passe le temps qu’il faut auprès des propriétaires. Pour certains, il est plus difficile de perdre leur animal de compagnie qu’une personne de leur entourage. Leur petit compagnon est une présence au quotidien. Il est leur aidant, il leur renvoie de l’amour. Et tout ça se respecte », précise-t-elle. Avant de recevoir ses clients, Séverine prend toujours le temps de connaître la vie des animaux, la place qu’il occupait dans leur famille. Et surtout d’accompagner les propriétaires.

Un service qui séduit de plus en plus

Le concept d’obsèques funéraires animalières, lancé il y a 25 ans par un groupement de 200 vétérinaires, a progressivement essaimé partout en France. Quatorze crématoriums existent aujourd’hui. « Notre mission est vraiment d’offrir une fin de vie digne aux animaux de compagnie en proposant des obsèques à la hauteur de la vie qu’ils ont pu passer avec leurs propriétaires », complète Vincent Cote, directeur régional d’Esthima pour le Sud de la France. Moment de recueillement, cérémonie, livre d’or, introduction du corps dans la cellule des crémations, restitution des cendres… Aucun service n’a été oublié. Chaque client choisit les options qu’il préfère et les prestations proposées vont de 176 à 290 euros.

« Une fois, nous avons eu des clients violonistes qui sont venus avec leurs instruments et qui ont joué pendant une demi-heure, se rappelle Vincent Cote. D’autres fois, des clients mettent des bougies dans toute la chambre funéraire. Certains lisent des poèmes. Tout est permis selon les souhaits de chacun », explique-t-il. Les propriétaires ont également la possibilité de repartir avec une touffe de poils de leur animal ou leurs empreintes de pattes moulées dans l’argile.

Serpents, lapins et poisson rouge

A Château-Gaillard, on accueille aussi bien des lapins, d’autres petits rongeurs, des tortues, des oiseaux, des chevaux. Et même des serpents et un poisson rouge. « 98 % des demandes concernent néanmoins des chiens et des chats », précise Vincent Cote observant une augmentation croissante de la demande. « La place de l’animal dans la famille a beaucoup évolué ces dernières années », poursuit-il. Et les crémations aussi : elles augmentent annuellement de 5 %. L’établissement ne chôme pas, organisant entre 4 et 5 cérémonies par jour du lundi au samedi. « On estime à 1,8 million le nombre de décès d’animaux de compagnie chaque année. Nous (le groupe Esthima) en prenons en charge 700.000 », conclut-il.

A noter que les propriétaires peuvent emmener eux-mêmes l’animal au crématorium ou passer par le vétérinaire qui signe une convention avec les pompes funèbres animalières.

Caroline Girardon

Source 20minutes.fr15 novembre 2020